16 févr. 2011

François Frimat, Qu'est-ce que la danse contemporaine ?

Pour qui apprécie l’art chorégraphique, la danse contemporaine peut souvent dérouter : scènes sans corps, présence accrue d’autres arts ou technologies qui perturbent l’identité de la représentation. Pourquoi en arrive-t-on à parler de spectacles hybrides ?

5 janv. 2011

Marie Drucker encourage l'écoute de la musique classique

@France Télévisions-bne
 
Marie Drucker a un agenda bien rempli ! A côté de son travail à la télévision, à la radio et pour la presse écrite, elle se lance dans l'écriture de livres pour enfants et pas seulement.

Vous venez de sortir un livre-CD consacré à Haydn. Une trame vous a été donnée, était-elle si drôle au départ ?
Les éditeurs m'ont fourni dans un premier temps un synopsis, mais je l'ai trouvé trop sage. J'ai alors demandé la co-direction artistique et la liberté d'y apporter de la fantaisie. Ils ont été très ouverts et ont accepté. Avec Stéphane Ribeiro qui écrit pour la télévision, notamment pour Thierry Ardisson, nous avons apporté à cette histoire toute sa part de loufoquerie.

Le texte comporte du vocabulaire parlé et familier, des expressions contemporaines ce qui peut paraître surprenant dans un univers dédié à la musique classique.
Oui, c'est vrai, ça l'est pour certains. Mais je ne voulais pas parler aux enfants comme à des bébés et je souhaitais que les parents s'amusent aussi.

Etes-vous intervenue dans le choix de l'illustratrice ?
En fait, c'est moi qui l'ai trouvé. Virginie Lenoir est une artiste, pas une simple illustratrice. Elle a notamment réalisé la conception visuelle du site d'Indochine. A elle aussi, les éditeurs ont laissé une grande liberté. Elle était nécessaire parce que nous voulions construire un univers et les illustrations ont pris beaucoup de temps. Elles sont toutes faites à la main, sans intervention de l'ordinateur. Nous voulions leur donner un aspect amusant et nous souhaitions une trame générale sépia. Cela a donc pris du temps.

Etes-vous intervenue sur le choix musical, la symphonie 101 dite "l'Horloge"?
Non, c'est le choix de Jean-Philippe Biojout. Tout d'abord Haydn n'est pas le compositeur le plus connu des du grand public, le choix était donc intéressant. Ensuite la symphonie "l'Horloge" a un côté léger, notamment le 2ème mouvement avec son fameux "tic-tac". Elle convenait donc bien à des enfants.

Votre connaissance et votre intérêt pour la musique classique sont-ils passés, enfant, par des livres-disques tel que "Pierre et le loup" ?
J'ai d'abord eu la chance d'avoir des parents mélomanes. Et oui, j'ai beaucoup écouté de livres-disques, mais j'avais toujours une frustration car je les trouvais toujours trop premier degré. Ensuite, ma curiosité personnelle et la fréquentation des salles de concerts ont développé mon goût.
C'est bien pour cette raison que j'insiste sur la dimension pédagogique de celui-ci. J'ai à coeur que les enfants aillent le plus tôt possible vers l'univers de la musique classique. C'est pourquoi, j'ai choisi la forme du conte. Il s'agit bien sur d'une histoire inventée, et on me le reproche parfois, mais l'essentiel est qu'elle suscite l'attention des enfants et l'écoute des morceaux enregistrés.

Alors, ce n'est qu'un début, continuons le combat ?
Un autre album sortira en effet en janvier : La petite danseuse de Maurice Ravel. Et puis, nous en avons quatre autres en projets! Et nous gardons bien sur la même équipe. Nous avons d'ailleurs d'autres idées. Je voudrais notamment accentuer le côté "rigolo" au sens où l'entendent les enfants.

Il me semble que vous allez aussi avoir une autre actualité avec Frédéric Lenoir ?
Oui, se sera un livre d'entretiens sur Dieu qui paraîtra à Pâques chez Robert Laffont. Nous l'écrivons en fait à quatre mains, mais c'est bien sur Frédéric Lenoir qui possède la matière. Nous nous connaissons depuis longtemps et nous voulions prolonger par l'écrit des questions telles que celles de Dieu et la science, Dieu et la philosophie, de quand date la notion de Dieu ? Ce sera un livre construit pour les croyants, les hâtés et les agnostiques et nous y parlons du Dieu des chrétiens, des musulmans et des juifs.

Propos recueillis par Olivia Gazzano, 15/12/2010.

La perruque de Joseph Haydn, histoire originale de Jean-Philippe Biojout, adaptation de Marie Drucker et Stéphane Ribeiro, dessins de Valérie Lenoir. Bleu nuit éditeurs, 18 €, 46 pages couleurs, format 200 x 250 mm, ISBN 978-2-35884-004-0. www.bne.fr

La petite danseuse de Maurice Ravel. 18 €, 46 pages couleurs, format 200 x 250 mm, ISBN 978-2-35884-005-7.

3 janv. 2011

Fête du livre jeunesse de St-Paul-Trois-Châteaux

A ne rater sous aucun prétexte, avec les enfants, ou seuls pour préparer vos prochaines lectures, que vous soyez parents ou grands-parents : les quatre journées autour du livre jeunesse ! Attention : ça peut démarrer aux alentours de deux ans et ne plus jamais s’arrêter. C’est sûrement la plus longue passion qu’on puisse connaître : la lecture !
Pour cette 27 ème édition, on peut s’attendre à bien du remue ménage : crapauds changés en prince charmant, citrouilles en carrosses, chenilles en papillons, jeunes gens en loups-garous voire en vampires… Le thème de la métamorphose nous promet, en effet, un bien beau voyage en littérature : des textes anciens aux albums les plus récents, dans les mythes et les contes, les romans merveilleux, les histoires terrifiantes, les mangas… D’Ovide au dernier album de Carlo Ponti pour les petits en passant par Thomas Gilbert, l’auteur de Bjorn le Morphir, il y en aura pour tous les goûts et tous les âges. Les adolescents devraient vraiment y trouver leur compte !
Pas moins de 29 auteurs à rencontrer et un invité d’honneur : Chen Jiang Hong à découvrir avec une exposition d’une quarantaine de ses œuvres en grand format, d’une rare qualité poétique : de somptueuses illustrations, parfois à l’encre de Chine sur papier de riz.
Sur place, tout est fait pour vous faciliter la découverte avec vos enfants. Vous pouvez feuilleter les albums au salon d’essayage des livres et participer à des ateliers ou bien, vous installer tranquillement pour écouter une lecture. Vous pouvez aller à la rencontre des auteurs (espace signature) ou chercher à mieux les connaître grâce à l’espace débats : portraits, rencontres. Vous pouvez assister à trois spectacles, sans réserver, en vous présentant tout simplement 30 minutes à l’avance. A ne pas rater, le samedi soir : « le cheval magique de Han Gan », version musicale du conte accompagnée par Chen Jiang Hong qui dessinera en direct avec des projections sur grand écran.
La fête du livre hors la ville essaime dans les bibliothèques environnantes : expositions, visites d’auteurs, spectacles… Elle s’installe aussi en Vaucluse à Vaison, à Grillon et Visan, à Lapalud et Mondragon.
Fête du livre jeunesse du 2 au 6 février, au gymnase Plein soleil, Bd St Vincent. Entrée libre. Ouverture le mercredi de 12 à 19h, les jeudi, vendredi et samedi de 9 à 19 h, le dimanche de 10 à 18h. Tout le programme détaillé sur : http://www.slj26.com/

Anne Simonet, janvier 2011

15 déc. 2010

Joachim Sebastiano Valdez alias Jaky Monteillard, mène l'enquête à travers les temps

copyright : Sylvain m2tais
Sous ce pseudonyme à consonance espagnole se cache un auteur qui vit et travaille à Avignon et écrit d’une manière assidue depuis un peu plus de douze ans, depuis que ses enfants devenus grands lui en laissent le loisir.

Délaissant le roman classique français qu’il juge un peu trop narcissique, Joachim Sebastiano Valdez a choisi la forme du roman policier pour sa capacité à parler du monde, de la société et d’une problématique qui lui tient à cœur : le Mal. Et au fil des années, se sont trois héros différents qui ont pris vie sous sa plume pour aborder ces thématiques.
Il s’agit tout d’abord dans « Trente loups gris » de Clara Wyler, une enquêtrice de gendarmerie d’origine chilienne, qui met à jour les protagonistes de l’histoire dans un département imaginaire. Dans « Meurtre d’un milliardaire suisse », elle mène ses recherches entre la Confédération helvétique et le Luberon ; une manière pour l’auteur de sortir le genre polar de son traditionnel cadre urbain.
Par la suite, changement d’époque et de civilisation : Tupac Hualpa, homme de confiance de l’empereur Inca Pachacuti part sur la piste de mystérieux meurtriers qui déstabilisent l’ordre de l’empire inca des années 1450. « Celui qui sait lire le sang » et « Puma qui sommeille » respectivement écrit en 2003 et 2007 rencontreront un grand succès, seront publiés d’abord aux éditions l’Ecaillez du Sud (Marseille), ensuite dans la collection Folio Policier chez Gallimard et traduit en espagnol.
Un fil conducteur relie ces histoires : l’intérêt pour l’Amérique du Sud et tout particulièrement le Chili puis la passion pour l’empire inca dont il a lu tout ce qui était publié en français et vu les expositions qui lui ont été consacrées en France. C’est la rencontre d’une femme puis de son frère, historien et géographe chilien qui l’amèneront à se passionner pour cette civilisation qui est l’équivalent pour nous de l’empire romain.
Après deux enquêtes dans le monde contemporain et l’immersion dans une civilisation étrangère, c’est dans la période de la guerre de 100 ans que Joachim Sebastiano Valdez fera voyager ses lecteurs avec un 3ème enquêteur, Jacques de Moroges, un familier de Charles le Téméraire qui mènera ses recherches du côté des vaincus.
Ainsi, se profile derrière ce raconteur d’histoire, un sociologue et un historien amateur qui n’a pas peur des défis et dont le goût des archives l’a conduit en Flandres pour ce 5ème roman policier « Les larmes des innocentes » à paraître en septembre prochain aux éditions Déméter.
Vous pourrez retrouver Joachim Sebastiano Valdez au 1er Salon du Polar organisé par la librairie Des Phrases courtes, entre autre, à la Ferme des Arts, à Vaison-la-Romaine.

² aux éditions l’Ecaillez du Sud

Olivia Gazzano, paru dans le n°24, mai-juin 2010.

14 avr. 2010

Pierre Cardin, 60 ans de création

Voici un livre réalisé pour les 60 ans de la maison Cardin qui vient combler un manque cruel de bibliographie sur le sujet. Nous l’avons parcouru avec les yeux experts et admiratifs de Magali Charasse, originaire de Séguret, qui fut couturière à Paris durant trente ans, inspirée par Pierre Cardin.

C’est à Séguret qu’elle est née et c’est à proximité de son village natal qu’elle est revenue passer sa retraite. Mais l’histoire commence dans les années cinquante. Fin 1956, Magali Charasse a 38 ans et rentre du Maroc où elle avait sa maison de couture. Elle s’installe à Paris en 1957 et retrouve Louis Féraud, originaire d’Arles. Ils se connaissaient, elle lui avait déjà fait des modèles. Louis qui venait d’ouvrir sa maison de couture deux ans auparavant lui propose de le rejoindre. Commence alors une longue collaboration durant laquelle ils réalisent ensemble les modèles sur Zizi, la femme de Louis Féraud. Elle exécute aussi des modèles pour Jacques Estérel dont la fameuse robe de mariée à carreaux vichy rose de Brigitte Bardot. C’est alors qu’elle effectue quelques robes pour Pierre Cardin à partir des modèles qu’il lui transmet. Le couturier avait, quant à lui, fondé sa maison en 1950, après un passage très remarqué chez Christian Dior.
Magali Charasse ouvrira ensuite son propre atelier, rue Lauriston puis rue Tiquetonne où, de 1965 à 1983, elle proposera pour sa clientèle ses propres modèles de prêt-à-porter.

Nous tournons ensemble les pages de ce grand et bel ouvrage, très fourni en photographies. « J’ai toujours considéré Pierre Cardin comme le meilleur. Il a eu des idées complètement neuves à l’époque, personne d’autre ne les avait amenées. Il a représenté un tournant ».
Elle ne le dit qu’à demi-mots, mais elle considère Pierre Cardin bien plus créatif qu’Yves Saint-Laurent qui a sophistiqué le classique mais qui n’a pas révolutionné la ligne.
Car Pierre Cardin a amené la pureté de la ligne et a pensé différemment la manière dont la femme se comportait. Deux aspects essentiels pour Magali Charasse.
Chez lui, la ligne est pure, jamais alourdie et l’ensemble est toujours équilibré. Le détail change tout : il est souvent dans les cols, boule par exemple ou cagoule retombant sur les épaules une fois ouvert, une belle ceinture originale, un drapé incroyable et en biais, une manche courte, trapèze ou circulaire. Aucune fanfreluche, une mode design.
Dans les années soixante, il change l’image de la femme. Le modèle archétypal était alors la silhouette Dior : un buste généreux, une taille fine et une jupe longue. Pierre Cardin invente une silhouette dynamique, et propose un vêtement plus facile à vivre qui permet de bouger différemment, en étant plus libre de ses mouvements. Les jupes et les robes raccourcissent nettement, les femmes ne sont plus embarrassées par leur longueur. La taille est libérée. Les mannequins sont photographiées en talons bottier qui suggèrent la possibilité de trotter toute la journée ainsi chaussées, elles portent des cheveux courts et des coupes modernes qui ne nécessitent plus de préparer une coiffure chaque matin. Succès de la jupe-bulle en 1967, de la robe-trapèze et de la fameuse Cardine si bien portée par Lauren Bacall en 1968. Elles seront mille fois copiées par d’autres couturiers et par les femmes qui toutes savent coudre et pour lesquelles ces modèles aux lignes simples sont faciles à reproduire, dans l’esprit tout du moins. Pierre Cardin traduit alors dans la mode le désir de liberté qui s’empare peu à peu de la société.
Mais nulle facilité dans tout cela, Pierre Cardin est un couturier dont la connaissance du métier et le savoir-faire sont extraordinaires, en témoignent ses sublimes robes de soirée où il peut exprimer son talent pour les drapés, les plissés, les coupes complexes.
Les hommes ne sont pas oubliés. Pour eux, il invente une ligne plus souple et plus simple, il enlève de la rigueur comme par exemple avec ses vestes sans col ou ses cols droits que populariseront les Beattles qu’il habille en 1964.

Mais l’innovation chez Pierre Cardin ne s’arrête pas là. Elle est aussi dans les matières et les couleurs. Peu d’imprimé chez lui, il préfère mélanger les couleurs en juxtaposant les tissus. Les couleurs sont vives et les tissus ou des matières sont utilisées là où on ne les attend pas. Il popularise le jersey uni ou à côte jusque-là rarement utilisé en haute-couture, un tissu souple, facile à porter, qui a de la tenue. Il utilise du vinyle pour réaliser des vêtements et des incrustations géométriques sur ses robes, une matière qui contribue à donner un air futuriste à ses modèles.

Couturier de très grand talent, Pierre Cardin est aussi un précurseur qui a le don de ressentir son époque instinctivement et un peu à la manière d’un sociologue. Il a démocratisé et rendu populaire la mode, faisant passer le message qu’elle était faite pour tous et non plus pour un groupe de privilégiés pouvant s’offrir de la haute-couture. Il est aussi un touche-à-tout de génie comme le montre l’ouvrage. Par ailleurs, farouchement indépendant, il a su préserver très tôt l’indépendance de sa maison de couture et ainsi ne pas se soumettre aux capitaux étrangers qui ont racheté nombre de ses confrères et imposé du fait de leur pratique capitaliste le matraquage publicitaire pour vendre à tout prix. Grâce aux licences qui portent son nom un peu partout dans le monde et qu’il a mises en place dès le début des années 1970, il a conservé sa liberté, gère sa maison et sait ce qui se passe chez lui. Ainsi, cette indépendance acquise le place à part sur la scène créative et médiatique puisqu’il n’a pas besoin de tapage pour exister.

Olivia Gazzano, n° 23 mars-avril 2010

Pierre Cardin, 60 ans de création. Préface de Laurence Benaïm. Textes de Jean-Pascal Hesse. 26 x 34 cm • 176 pages • 150 photographies • relié sous jaquette 65 euros€ • ISBN : 978 2 7594 0424 7 Éditions Assouline.

Historien de formation, Jean-Pascal Hesse est l’auteur de diverses publications. Proche collaborateur du célèbre couturier, il dirige, depuis 1995, le service de presse du groupe Pierre Cardin. Par ailleurs conseiller d’arrondissement de la Ville de Paris, il est en charge des grands événements culturels auprès du maire du XVIème arrondissement.

26 mars 2010

Adopter un enfant

Une fois n’est pas coutume, nous allons sortir de notre cadre habituel pour parler d’un livre sur l’adoption écrit par notre journaliste Carina Istre accompagnée de Anne-Marie Durand : Tout ce qu’il faut savoir avant... d’adopter un enfant. Issu des expériences d’une mère adoptive et d’une assistante sociale, ce livre de 180 pages renferme tout ce que les futurs parents doivent savoir avant, pendant et après l’adoption. Il leur sera d’une grande utilité pour aborder avec plus de sérénité toutes les étapes de cette longue aventure.
Le sujet est découpé en quatre parties détaillées : mûrir son projet, obtenir l’agrément, aller à la rencontre de votre enfant, et après ? L’ouvrage aborde toutes les questions, parmi elles : évaluer son désir d’être parent, l’enquête sociale et psychologique, le jugement d’adoption et ses conséquences, faut-il changer le prénom de l’enfant ?, le choix du pays d’adoption, le coût financier d’une adoption en fonction du pays, vaut-il mieux adopter avec un OAA, avec l’AFA ou en direct ?, gérer l’attente, le séjour dans le pays de l’enfant, les premières démarches au retour, l’attachement réciproque, inscrire l’enfant dans l’histoire familiale, le cap de l’adolescence.
Tout ce qu’il faut savoir avant... d’adopter un enfant sera aussi particulièrement précieux pour ce qui concerne l'ensemble des démarches juridiques et administratives.
Agrémenté d’un index, de modèles de lettres et de pictogrammes signalant des témoignages, des statistiques, des mises en garde, certains textes de lois incontournables, il est d’une lecture aisée et d'une conception pratique.
A recommander à tous les candidats à l'adoption et aussi à leur entourage, pour éviter, par excès de bonne volonté, de commettre des impairs.

Olivia Gazzano

Tout ce qu’il faut savoir avant... d’adopter un enfant, Carina Istre, Anne-Marie Durand. Editions Milan, 2010, 14,90 euros. ISBN : 978-2-7459-4067-4.

10 mars 2010

Saint-Paul-Trois-Châteaux : la ville et son double invisible

Bien des villes ont un double. On pourrait même dire toutes les villes, car le premier des doubles regroupe les habitants du passé, et toute ville possède un cimetière. Certaines ont des doubles de légende : Alexandrie et sa mythique bibliothèque ; d’autres ont des doubles historiques très présents comme Arles, son théâtre, ses arènes et ses fouilles actuelles dans le Rhône; d’autres ont des doubles monumentaux, liés à l’histoire religieuse, comme Avignon et son Palais des papes. D’autres ont, enfin, des doubles de rêve grâce à la littérature ou à la poésie. Mais un double invisible, enfoui et pourtant bien réel, c’est plus rare ! Il aura fallu la publication du tome trois de l’atlas des villes de Gaule Méridionale pour que St Paul Trois Châteaux découvre son double absent. Absent, parce qu’aucun vestige ne s’élève hors de terre : tous sont enfouis sous la ville actuelle.
Cette révélation pèse son poids, poids historique, poids de papier : deux kilos et demi pour les 211 pages d’un ouvrage de très grand format, richement illustré. Qu’y présente t-on ? L’état actuel de la connaissance archéologique d’Augusta Tricastinorum, l’une des cités chef-lieu de la Province romaine dite la Narbonnaise, comme Valence, Die ou Alba-la-romaine. Et que connaît-on ? L’enceinte du haut Empire, quelques monuments publics, de très nombreux éléments de construction, des mosaïques exceptionnelles et peu de statuaire. De ces éléments, les archéologues, enquêteurs minutieux du passé, tirent des hypothèses, parfois des conclusions, jusqu’à nous proposer – il le fallait pour que notre imagination se mette en branle- une aquarelle de la ville vue depuis la colline de Ste Juste : reconstitution, mais on s’y croirait.
Au delà de ce plaisir immédiat, l’assemblage de données collectées depuis plus d’un siècle et leur mise en forme actualisée, l’établissement de conventions graphiques, ont été le travail au long cours d’une équipe. Sans nul doute, les prochaines publications des atlas d’Orange et de Nîmes bénéficieront de l’impressionnant travail de fond effectué sur St Paul par Michèle Bois, Valérie Bel, Véronique Blanc-Bijon et Mylène Lert, coordonnatrice du projet et conservatrice du musée d’archéologie tricastine.
Nouer des liens réels entre la ville actuelle et la ville romaine n’était pas facile. Pourtant, reportés sur le cadastre actuel simplifié où figurent les noms de rues et le bâti actuel, les éléments trouvés lors des fouilles, sont faciles à situer et il y a là deux avantages : le premier, c’est de constituer un outil technique majeur pour l’aménagement de la commune et pour tous ceux qui ont des projets d’aménagement et de construction.
Le second, c’est d’offrir un bel ancrage dans le passé à la petite ville tricastine. A l’époque des réalités virtuelles envahissantes, pouvoir rêver de la ville romaine, est un privilège rare pour tous, mais surtout un cadeau à offrir aux plus jeunes.

Anne Simonet-Avril, paru dans le n°23 mars-avril 2010

Atlas topographique des villes de la Gaule méridionale. Tome 3. Saint-Paul-trois-Châteaux. Revue archéologique de Narbonnaise. Supplément 39. 65 euros. La Revue Archéologique de Narbonnaise et ses suppléments sont diffusés par les PULM - Presses universitaires de la Méditerranée - 17 rue Abbé-de-l’Épée - 34090 Montpellier. E-mail : publications@univ-montp3.fr. Tél : 04 99 63 69 25.